Une initiative diplomatique en 5 points pour stopper la guerre en Iran. Pékin et Islamabad passent à l’offensive politique. Analyse d’un plan qui peut tout changer.
La visite du ministre pakistanais des Affaires étrangères (à gauche) en Chine intervient après que son pays a accueilli ses homologues d’Arabie saoudite, d’Égypte et de Turquie (ministère pakistanais des Affaires étrangères).
LA CHINE — La Chine et le Pakistan ont annoncé, mardi, le lancement d’une initiative diplomatique en cinq points destinée à rétablir la paix et la stabilité au Moyen-Orient, quelques heures après l’arrivée à Pékin du vice-Premier ministre et ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar.
Cette visite officielle, marquée par une rencontre avec son homologue chinois Wang Yi, intervient dans un contexte de forte escalade régionale, deux jours après une réunion organisée à Islamabad réunissant l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie pour tenter de désamorcer le conflit.
Depuis le 28 février 2026, les États-Unis et Israël sont engagés dans une offensive militaire contre l’Iran, qui a déjà fait des milliers de morts et de blessés.
En riposte, Téhéran multiplie les tirs de missiles et de drones contre Israël ainsi que contre des intérêts américains dans plusieurs pays arabes, causant également des pertes civiles et des dégâts sur des infrastructures, suscitant des condamnations internationales.
Selon un communiqué du ministère pakistanais des Affaires étrangères, cette feuille de route repose sur cinq axes majeurs.
Le premier appelle à un cessez-le-feu immédiat et à des efforts renforcés pour empêcher l’extension du conflit, tout en garantissant l’acheminement de l’aide humanitaire vers les zones touchées.
Le deuxième point insiste sur la nécessité d’engager rapidement des négociations de paix, dans le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la sécurité nationale de l’Iran et des États du Golfe, avec un engagement clair à privilégier les solutions diplomatiques et à renoncer à toute menace ou usage de la force.
Le troisième volet met l’accent sur la protection des civils et des infrastructures essentielles, appelant à cesser immédiatement les attaques contre les populations, les installations énergétiques, les usines de dessalement, les réseaux électriques ainsi que les infrastructures nucléaires civiles, conformément au droit international humanitaire.
Le quatrième axe concerne la sécurité des routes maritimes, notamment dans le détroit d’Ormuz, artère stratégique du commerce mondial. Pékin et Islamabad appellent à protéger les navires et leurs équipages, à garantir la libre circulation des flux commerciaux et à rétablir rapidement un trafic maritime normal.
Enfin, le cinquième point plaide pour un renforcement du multilatéralisme, en soutenant un rôle accru des Nations unies et l’établissement d’un cadre global de paix durable fondé sur le droit international.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique diplomatique plus large, Islamabad ayant récemment accueilli une réunion quadripartite avec la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Égypte pour discuter de la crise régionale.
À l’issue de ces discussions, le Pakistan a annoncé son intention d’organiser prochainement des négociations entre les États-Unis et l’Iran, sans calendrier précis à ce stade, et s’est proposé comme facilitateur de discussions directes entre les deux parties.
Lors de leur rencontre, Wang Yi et Ishaq Dar ont réaffirmé leur volonté de renforcer leur coordination stratégique face à la crise iranienne, appelant à un cessez-le-feu immédiat et à l’ouverture rapide de pourparlers de paix.
La Chine, partenaire majeur de l’Iran, n’a toutefois annoncé aucune aide militaire, privilégiant une approche diplomatique axée sur la désescalade. De son côté, le Pakistan demeure l’un des alliés les plus proches de Pékin dans la région.
Dans ce contexte, le ministère chinois des Affaires étrangères a indiqué que trois navires chinois ont récemment traversé le détroit d’Ormuz après des consultations avec les parties concernées.
Selon la porte-parole Mao Ning, ce passage maritime demeure un corridor vital pour le commerce mondial, notamment pour les flux énergétiques.
Par ailleurs, des données de transport maritime indiquent que des navires de la compagnie publique chinoise COSCO ont emprunté ce passage stratégique, utilisé pour le transit de volumes massifs de matières premières, notamment le pétrole iranien.
Cette situation intervient alors que l’Iran a, de facto, restreint l’accès à ce corridor clé reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, à la suite des frappes menées par les États-Unis et Israël fin février.
En lançant cette initiative conjointe, la Chine et le Pakistan cherchent à s’imposer comme médiateurs crédibles dans un conflit à fort risque systémique.
Mais dans un contexte de confrontation militaire ouverte, la capacité de cette feuille de route à infléchir la trajectoire du conflit reste incertaine.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
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