Manifestation à Tunis pour exiger la libération des détenus et mettre fin à la « répression judiciaire ».

Publié le 12 avril 2026 à 15:55

À Tunis, des manifestants réclament la libération des détenus politiques et dénoncent une justice instrumentalisée. Une mobilisation qui ravive les tensions dans un climat politique explosif.

Manifestation à Tunis pour exiger la libération des détenus et mettre fin à la « répression judiciaire ».

Extrait d’une manifestation précédente de familles de détenus politiques réclamant la libération de leurs proches. Photos : Achwak Mejri

 

MENA SCOPE — TUNISIE — À Tunis, la pression monte. À l’occasion du 88e anniversaire de la commémoration des événements du 9 avril 1938, célébrés chaque année comme la fête des martyrs, plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés au cœur de la capitale pour exiger la libération des détenus politiques et dénoncer ce qu’ils qualifient de « répression judiciaire ».

La mobilisation, organisée devant le théâtre municipal, a été initiée par le Front de salut national, principale coalition d’opposition, qui marquait également le quatrième anniversaire de sa création. Aux côtés de figures politiques et de militants des droits humains, les familles de prisonniers ont affiché leur détermination, scandant des slogans en faveur de la liberté et de l’indépendance de la justice.

Dans une prise de parole remarquée, le responsable du Front, Belkacem Hassan, a appelé à la libération immédiate de l’ensemble des détenus politiques et à la fin des poursuites engagées contre eux. Il a notamment évoqué la situation d’Ahmed Néjib Chebbi, figure de l’opposition actuellement incarcérée, assurant que la coalition poursuivra son combat jusqu’à sa libération.

Du côté des familles, la colère est palpable. Faïza Rahem, épouse du dirigeant politique Issam Chebbi, a dénoncé une vague d’arrestations touchant des personnalités issues de courants politiques variés. Selon elle, cette situation a paradoxalement créé une forme d’unité nationale derrière les barreaux, appelant à une mobilisation similaire à l’extérieur.

Ce rassemblement s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu. Depuis février 2023, la Tunisie est marquée par une série d’arrestations visant des opposants, des militants et des personnalités publiques. En novembre dernier, des peines allant de 10 à 45 ans de prison ont été prononcées dans une affaire liée à une présumée « atteinte à la sûreté de l’État », impliquant plusieurs figures de premier plan.

Les autorités tunisiennes défendent de leur côté l’indépendance du système judiciaire, affirmant que les personnes concernées sont poursuivies dans le cadre d’affaires de droit commun. Une position contestée par l’opposition, qui accuse le président Kaïs Saïed d’instrumentaliser la justice pour neutraliser ses adversaires, notamment depuis les mesures exceptionnelles du 25 juillet 2021, marquées par la dissolution du Parlement et la refonte institutionnelle du pays.

Dans ce climat, la mémoire des événements du 9 avril 1938, réprimés dans le sang par les autorités coloniales françaises et considérés comme un tournant dans la lutte pour l’indépendance, résonne avec une actualité où la question des libertés publiques demeure plus que jamais centrale.


ÉCRIT PAR LE MANIFEST


Tags : Tunisie • détenus politiques • libertés publiques • opposition tunisienne • Kaïs Saïed

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