Un ex-haut responsable anticorruption emprisonné, des voix dénoncent une dérive judiciaire. Plongée dans une crise politique qui secoue la Tunisie.
Chawki Tabib estime que cette nouvelle affaire s’inscrit dans une campagne qui le vise (Kapitalis)
MENA SCOPE — TUNISIE — Un juge tunisien a ordonné, mardi, l’incarcération de Chawki Tabib, figure emblématique de la lutte anticorruption et ancien bâtonnier, dans le cadre d’une enquête judiciaire. Une décision qui ravive les tensions politiques et alimente les inquiétudes autour d’un durcissement du climat judiciaire en Tunisie.
Selon des sources judiciaires, l’affaire porte sur des soupçons d’irrégularités durant son mandat à la tête de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, dissoute en 2021 par le président Kaïs Saïed. Une mesure qui s’inscrivait dans une série de décisions exceptionnelles prises la même année, notamment la suspension puis la dissolution du Parlement, suivies d’un gouvernement par décrets, dénoncé par l’opposition comme un tournant autoritaire.
Du côté de la défense, les critiques sont immédiates. Le bâtonnier Boubaker Ben Thabet dénonce une procédure entachée d’irrégularités, évoquant une forme de « harcèlement judiciaire ». De son côté, Chawki Tabib affirme que cette nouvelle affaire s’inscrit dans une campagne ciblée à son encontre, après avoir déjà été soumis à une interdiction de voyager.
Cette décision intervient dans un contexte judiciaire particulièrement chargé. Ces derniers jours, plusieurs personnalités tunisiennes ont été condamnées dans des dossiers distincts. Le producteur et patron de chaîne Sami Fehri a écopé de cinq ans de prison pour des affaires financières, tandis que l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani a été condamnée à 18 mois de détention pour des déclarations médiatiques.
La pression sur les médias et la société civile se confirme également. Le mois dernier, le journaliste Ghassen Ben Khelifa a été condamné à deux ans de prison, une décision qualifiée par le syndicat des journalistes de « nouvelle attaque contre la liberté d’expression ».
Depuis 2021, plusieurs figures de l’opposition, ainsi que des responsables politiques, journalistes, militants et hommes d’affaires, ont été arrêtés ou poursuivis pour des accusations allant du complot contre la sûreté de l’État au blanchiment d’argent. Une stratégie que l’opposition décrit comme une volonté de neutraliser les voix critiques et de consolider un pouvoir centralisé.
Face à ces accusations, Kaïs Saïed défend une ligne ferme. Le président affirme mener une vaste opération de « purification » de l’appareil d’État, visant à éradiquer la corruption et les réseaux d’influence, martelant que « personne n’est au-dessus des lois », quel que soit son statut.
ÉCRIT PAR LE MANIFEST
Tags : Tunisie politique • Chawki Tabib • corruption Tunisie • justice tunisienne • liberté d’expression Tunisie
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