Une vidéo virale montre l’agression brutale d’un DJ en pleine calanque. Taser, poursuite et polémique juridique, une affaire qui choque et relance le débat.
Les policiers analysent minutieusement la vidéo et observent que la femme tient une pipe à la main, laissant suspecter une possible consommation de drogue au moment des faits. © YouTube DJ Phikey
FRANCE — Un tournage musical transformé en scène de violence. À La Ciotat, dans la calanque de Calanque de Figuerolles, un DJ australien connu sous le nom de Phikey affirme avoir été violemment agressé alors qu’il réalisait un mix filmé au lever du jour.
Située entre falaises abruptes et Méditerranée, la calanque de Figuerolles est habituellement un lieu paisible, prisé pour son isolement. Un décor spectaculaire devenu, en quelques minutes, le théâtre d’une altercation inattendue.
La séquence, diffusée le 27 mars sur ses réseaux sociaux, a rapidement dépassé les 20 millions de vues avant d’être retirée par Instagram pour non-respect des règles communautaires.
Le concept du DJ est rodé. Filmer des sets d’Afrohouse dans des décors naturels à travers le monde, du Brésil à l’Italie. À La Ciotat, l’artiste installe son matériel à l’aube sur une plateforme rocheuse isolée, dans un environnement réputé calme.
Selon les images et son propre récit, le mix se déroule sans incident pendant environ 40 minutes. La situation change lorsqu’une femme, présente à distance sur la plage, commence à l’interpeller violemment.
« J’appelle la police », lance-t-elle, reprochant au DJ de diffuser de la musique « trop tôt le matin ». Pourtant, Phikey affirme avoir déjà coupé le son au moment de l’échange. « Vous entendez quelque chose ? C’est éteint », répond-il dans la vidéo.
Après avoir rangé son équipement, le DJ poursuit son tournage en mode vlog. Mais la tension ne retombe pas. La femme le rejoint, intensifie ses reproches et l’interpelle de manière agressive, mêlant français et anglais approximatif, dont la phrase devenue virale « Why you put the music ».
Les images montrent alors une brusque montée en violence. La femme lui jette du café au visage, puis sort un taser de sa poche. Le bruit des décharges électriques est clairement audible.
L’agression se poursuit par des coups physiques, avant une course-poursuite sur plusieurs dizaines de mètres dans les escaliers et les sentiers escarpés des calanques. L’agresseuse tente également de lui lancer une pierre.
Visiblement sous le choc, le DJ parvient à prendre la fuite. Essoufflé, il filme immédiatement les conséquences de l’attaque, son t-shirt taché de café et son rythme cardiaque élevé.
Après l’incident, Phikey affirme avoir déposé plainte auprès de la police à son arrivée à Paris, via les services de la Police aux frontières. La procédure a ensuite été transmise aux autorités compétentes à Marseille.
Selon son témoignage, non confirmé officiellement à ce stade, les forces de l’ordre ont visionné la vidéo et évoqué la possibilité que l’agresseuse ait été sous l’influence de substances au moment des faits.
Cependant, selon des éléments relayés par la presse, la suite judiciaire pourrait rester limitée. En l’absence d’examen médical et donc d’Interruption Temporaire de Travail (ITT), l’affaire pourrait faire l’objet d’un classement sans suite. Une issue fréquente dans ce type de dossier à faible caractérisation médico-légale.
De son côté, le DJ indique avoir conservé l’ensemble des preuves, incluant la vidéo originale, les échanges juridiques et les demandes de suppression de contenu.
L’affaire prend une nouvelle dimension en ligne. La vidéo originale, devenue virale, est retirée d’Instagram après une demande de la femme impliquée, invoquant des atteintes à la vie privée.
Phikey dénonce publiquement une tentative de suppression des preuves. Il publie alors une version modifiée, avec le visage flouté, afin d’éviter une suppression totale sur les plateformes comme YouTube.
Ce bras de fer illustre une tension croissante entre documentation d’intérêt public et protection de l’identité individuelle.
L’incident a généré un effet viral inattendu pour le DJ, suivi initialement par environ 20 000 abonnés. Sa visibilité explose en quelques jours.
Plusieurs figures de la scène électronique lui apportent leur soutien, dont James Hype. La communauté relaie massivement la séquence et condamne l’agression.
Dans ses déclarations, Phikey adopte toutefois une ligne claire. Refus total du harcèlement ou du doxxing.
« Laissons la police faire son travail », insiste-t-il, tout en affirmant vouloir continuer à voyager et produire ses contenus.
Sur le plan juridique, l’utilisation d’une enceinte Bluetooth dans un espace public n’est pas en soi illégale. Elle peut toutefois être sanctionnée si le son constitue une nuisance sonore, au sens de l’article R1336-5 du Code de la santé publique.
Dans les faits, ce type d’infraction relève généralement d’une contravention de troisième classe, soit une amende forfaitaire de 68 euros.
Encore faut-il que le trouble soit caractérisé. Cela suppose un bruit réel, mesurable et constaté. Dans ce cas précis, plusieurs éléments fragilisent cette hypothèse, le lieu est isolé et le DJ affirme avoir coupé le son au moment de l’altercation.
À l’inverse, les faits reprochés à la femme relèvent potentiellement du droit pénal. L’usage d’un taser, combiné à des violences physiques et à des jets d’objets, peut être qualifié de violences volontaires avec arme.
Encadrée par les articles 222-11 et suivants du Code pénal, cette infraction expose son auteur à des sanctions nettement plus lourdes.
Toutefois, la procédure pourrait être fragilisée par l’absence d’ITT, rendant la qualification médico-légale plus difficile.
Au-delà du fait divers, l’affaire révèle une tension de fond. La montée en puissance des créateurs nomades transforme progressivement des espaces naturels en plateaux de tournage.
Une pratique en expansion, portée par les formats immersifs et les réseaux sociaux.
Mais cette appropriation informelle entre en collision avec d’autres usages, notamment ceux des riverains, générant incompréhensions et tensions.
Dans ce cas précis, plusieurs facteurs se combinent, isolement du lieu, barrière linguistique, perception du bruit et absence de médiation.
Cet incident agit comme un révélateur. La production de contenu en extérieur devient une norme globale, mais son cadre juridique et social reste encore flou.
Entre droit à l’image, nuisances sonores et sécurité des personnes, les lignes demeurent incertaines.
Ce type d’incident, encore marginal, tend à se multiplier avec l’essor des créateurs nomades.
Dans cette nouvelle réalité, la caméra devient à la fois un outil de preuve… et un catalyseur de tensions.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
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