Perplexity accuse Dow Jones d’avoir manipulé ses réponses dans la bataille judiciaire sur le droit d’auteur

Publié le 25 février 2026 à 16:35

Accusations de manipulation, guerre du copyright et modèle économique de l’IA en jeu, ce procès explosif entre Perplexity et l’empire Dow Jones pourrait redéfinir la valeur du journalisme à l’ère des moteurs de recherche conversationnels.

Par @sahbymehalla

David Paul Morris / Bloomberg / Getty Images

 

La start-up d’intelligence artificielle Perplexity, valorisée 20 milliards de dollars, intensifie son affrontement juridique avec Dow Jones et le New York Post, les accusant d’avoir sélectionné de manière biaisée des réponses de son moteur de recherche pour étayer leur plainte pour violation de copyright.

Dans une requête déposée le 24 février devant un tribunal fédéral de New York, l’entreprise dirigée par Aravind Srinivas affirme que l’éditeur du Wall Street Journal refuse de transmettre son historique de recherches sur la plateforme. Selon Perplexity, ces documents montreraient que les utilisateurs liés aux médias ont délibérément tenté de pousser le chatbot à reproduire des articles protégés.

Au cœur du litige se trouve une question stratégique pour toute l’industrie de l’IA, les moteurs de recherche conversationnels peuvent-ils légalement ingérer et résumer des contenus payants sans rémunérer les éditeurs ?

Dow Jones et le New York Post, propriétés de News Corp., avaient lancé la procédure en 2024. Ils accusent la start-up d’exploiter leurs articles sans autorisation ni compensation pour alimenter ses réponses générées par l’IA, ce qui menacerait directement leurs revenus publicitaires et leurs abonnements.

Perplexity réplique que certains tests réalisés par les plaignants visaient explicitement à contourner les garde-fous du système. Dans un exemple cité au tribunal, un utilisateur aurait demandé à plusieurs reprises la reproduction mot pour mot de paragraphes du Wall Street Journal, allant jusqu’à appuyer plus de cinquante fois sur le bouton « réessayer » pour forcer la génération d’un texte identique. Le chatbot aurait refusé.

La société affirme avoir identifié « des centaines de requêtes constituant des tentatives claires de provoquer une réponse enfreignant le droit d’auteur ».

Ce bras de fer illustre l’affrontement structurel entre les développeurs d’IA et les éditeurs traditionnels sur la propriété et la monétisation des contenus en ligne.

Perplexity se positionne comme une nouvelle porte d’entrée vers Internet, alternative à Google à l’ère des assistants conversationnels. Cette promesse a séduit les investisseurs, en quelques mois, sa valorisation est passée de 8 à 20 milliards de dollars.

Mais le modèle économique reste en mutation. L’entreprise s’éloigne progressivement de la publicité pour privilégier les abonnements et les clients professionnels, tout en devant démontrer sa capacité à générer des revenus durables — alors même que ses détracteurs estiment que son produit repose sur le travail journalistique qu’elle ne rémunère pas.

De leur côté, Dow Jones et le New York Post demandent au juge d’obliger Perplexity à divulguer ses méthodes de collecte des contenus web ainsi que ses stratégies d’acquisition et de rétention des utilisateurs.

La demande de la start-up visant à faire rejeter la plainte pour incompétence territoriale a déjà été refusée, laissant présager une bataille judiciaire longue et structurante pour l’ensemble du secteur.

Au-delà du cas Perplexity, l’issue du procès pourrait redéfinir les règles du jeu entre l’intelligence artificielle et l’industrie des médias, et déterminer qui captera la valeur du journalisme à l’ère des moteurs de recherche génératifs.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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