Après la décision de la Cour suprême américaine sur les droits de douane de Trump, Bruxelles hausse le ton et brandit la menace de mesures de rétorsion. Un bras de fer aux enjeux colossaux pour 1 700 milliards d’euros d’échanges transatlantiques.
Par @sahbymehalla
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’adresse aux médias à l’issue d’un sommet de l’UE au château d’Alden Biesen à Bilzen-Hoeselt, en Belgique, le jeudi 12 février 2026. Photo AP News/Omar Havana
La Commission européenne a réclamé « une totale clarté » de la part des États-Unis et appelé son partenaire à honorer ses engagements commerciaux après la décision de la Cour suprême américaine d’invalider une partie des droits de douane les plus étendus instaurés par Donald Trump.
Dans un climat déjà tendu, le président américain a vivement critiqué la décision judiciaire et annoncé samedi vouloir imposer un tarif douanier mondial de 15 %, contre 10 % la veille, accentuant l’incertitude sur l’avenir des relations économiques transatlantiques.
L’exécutif européen estime que la situation actuelle ne permet plus de garantir un commerce et des investissements « équitables, équilibrés et mutuellement bénéfiques », tels que prévus dans la déclaration conjointe UE-États-Unis d’août 2025. Cet accord commercial conclu l’an dernier prévoit notamment une taxe à l’importation de 15 % sur 70 % des exportations européennes vers le marché américain.
Au Parlement européen, la riposte politique s’organise. Bernd Lange, président de la commission du commerce international, a annoncé son intention de proposer la suspension du processus de ratification de l’accord. Sur les réseaux sociaux, il a dénoncé un « chaos tarifaire pur » imputé à l’administration américaine, jugeant la situation illisible pour les partenaires commerciaux de Washington.
Le poids économique de la relation transatlantique rend l’épisode particulièrement sensible. Selon Eurostat, les échanges de biens et de services entre les deux blocs ont atteint 1 700 milliards d’euros en 2024, soit environ 4,6 milliards d’euros par jour.
« Un accord est un accord », a martelé la Commission européenne, rappelant que l’Union, premier partenaire commercial des États-Unis, attend de Washington qu’il applique les dispositions négociées, notamment le plafonnement clair des droits de douane. Bruxelles insiste pour que les produits européens continuent de bénéficier du traitement tarifaire le plus compétitif.
Côté américain, le négociateur en chef de Donald Trump, Jamieson Greer, a assuré sur CBS que les États-Unis entendaient respecter leurs accords commerciaux et n’avaient reçu aucun signal indiquant une rupture du deal. Les partenaires, a-t-il précisé, attendent désormais de voir comment la situation juridique évoluera.
Les principaux flux commerciaux illustrent l’interdépendance des deux économies. L’Europe exporte surtout vers les États-Unis des produits pharmaceutiques, des voitures, des avions, des instruments médicaux, des produits chimiques ainsi que des vins et spiritueux. En retour, Washington vend au marché européen des services professionnels et scientifiques — notamment les infrastructures de paiement et le cloud — mais aussi de l’énergie, des équipements médicaux, des produits pharmaceutiques et de l’aéronautique.
Bruxelles met en garde contre l’effet systémique d’une politique tarifaire imprévisible, qui fragilise la confiance des marchés mondiaux et accentue les tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
En arrière-plan, l’Union dispose d’un levier de rétorsion redouté, l’instrument anti-coercition. Ce mécanisme permettrait de restreindre l’accès au marché européen, fort de 450 millions de consommateurs, de limiter les investissements étrangers ou d’exclure des entreprises de marchés publics. Dans sa version la plus sévère, il pourrait coûter des milliards de dollars aux entreprises américaines et peser sur l’économie des États-Unis.
L’épisode ouvre ainsi une nouvelle phase d’incertitude stratégique pour le commerce transatlantique, partagé entre respect des engagements, bras de fer juridique et tentation protectionniste.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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