Jusqu’où Netflix est-il prêt à monter pour Warner Bros. Discovery ?

Publié le 25 février 2026 à 17:56

Dans les coulisses de Wall Street, la bataille pour Warner Bros. Discovery se transforme en test grandeur nature de la puissance financière et de la discipline stratégique de Netflix, entre création de valeur, risques boursiers et choc des titans du divertissement mondial.

Par @sahbymehalla

Jusqu’où Netflix est-il prêt à monter pour Warner Bros. Discovery ?

Le co-PDG de Netflix, Ted Sarandos, assiste aux BAFTA Film Awards le 22 février. Max Cisotti/Dave Benett/Getty Images.

 

Jusqu’où Netflix peut-il aller ? La question, autrefois centrée sur le cours de Bourse du géant du streaming, s’impose désormais au cœur d’une bataille stratégique, celle du rachat de Warner Bros. Discovery (WBD). Le groupe dirigé par Ted Sarandos est-il prêt à surenchérir face à l’offre améliorée de Paramount portée par David Ellison ? Sur Wall Street, les analystes s’accordent sur un point, la capacité financière de Netflix ne fait pas débat. Sa volonté, en revanche, reste l’inconnue majeure.

Depuis l’annonce initiale d’un accord potentiel entre Netflix et WBD, le titre du leader mondial du streaming a reculé d’environ 24 %, passant de 103,22 dollars début décembre à 78,04 dollars mardi à la clôture. Une correction liée aux incertitudes autour de l’opération et aux interrogations des investisseurs quant à la cohérence stratégique d’un groupe historiquement positionné comme un pure player du streaming.

Selon Laurent Yoon, analyste chez Bernstein, Netflix dispose d’une structure de bilan et d’une génération de cash-flow suffisantes pour proposer bien plus de 30 dollars par action. Une telle offre porterait le levier d’endettement autour de 3 fois l’EBITDA en 2027, avant de repasser sous ce seuil dès 2028, un niveau jugé soutenable et compatible avec une notation investment grade.

Autrement dit, même en cas de dégradation de sa note de crédit, l’impact opérationnel resterait limité, le groupe n’ayant pas besoin d’émettre de dette à court terme. La croissance attendue de l’EBITDA et du free cash-flow permettrait un retour rapide à l’équilibre.

Le véritable seuil critique se situe ailleurs, dans l’effet dilutif pour les actionnaires. En intégrant 1,5 milliard de dollars de synergies à l’horizon 2028 — soit la moitié des économies de coûts évoquées par Netflix — une offre largement supérieure à 30 dollars resterait créatrice de valeur à long terme. Des synergies plus élevées augmenteraient encore cette marge de manœuvre.

Mais, comme le rappelle Yoon, « les décisions ne sont pas prises par des tableurs mais par des dirigeants ». Netflix s’est bâti une réputation de discipline dans l’allocation du capital. Surpayer un actif, même stratégique, irait à l’encontre de ce narratif.

Robert Fishman, analyste chez MoffettNathanson, estime qu’au-delà de 30 dollars par action l’opération deviendrait dilutive pour le bénéfice par action en 2028, ce qui pèserait davantage sur une valorisation boursière déjà affaiblie. 

Paradoxalement, cette faiblesse du titre pourrait toutefois jouer en faveur des investisseurs, soit Netflix rachète WBD et bénéficie à long terme de ses actifs, soit il renonce et recentre le discours sur ses fondamentaux — croissance des abonnés, publicité et hausse des prix — de nature à restaurer la confiance du marché.

Richard Greenfield, de LightShed Partners, avance une autre lecture, Paramount aurait intérêt à laisser Netflix remporter l’enchère. Le groupe pourrait ensuite récupérer certains actifs — notamment Discovery Global — à un prix nettement inférieur après un éventuel démantèlement de WBD, ou en cas de blocage réglementaire de l’opération.

Paramount serait d’ailleurs convaincu que les autorités de concurrence, aux États-Unis comme à l’international, finiront par s’opposer à un rachat par Netflix. Une issue qui renverrait Warner Bros. Studios et HBO sur le marché, potentiellement à une valorisation plus attractive.

Au-delà des chiffres, l’opération interroge la trajectoire stratégique de Netflix. Devenir un conglomérat intégré, mêlant streaming, studios historiques et réseaux linéaires, marquerait une rupture avec son modèle originel.

La question n’est donc plus seulement de savoir jusqu’où Netflix peut monter, mais jusqu’où il accepte de transformer son ADN pour gagner cette guerre des contenus.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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