Face à la Chine, l’US Air Force sommée d’accélérer sur les chasseurs et bombardiers de sixième génération

Publié le 12 février 2026 à 17:48

Un rapport que l’US Air Force devrait acheter jusqu’à 300 F-47 et 200 B-21 pour faire face à un conflit de haute intensité avec la Chine, faute de quoi Washington pourrait être contraint d’adopter des tactiques plus prudentes et moins dissuasives.

Par @sahbymehalla

Face à la Chine, l’US Air Force sommée d’accélérer sur les chasseurs et bombardiers de sixième génération

La stratégie de l’Air Force dite « Se désengager pour investir », qui consiste à retirer du service des avions plus anciens pour financer l’acquisition d’appareils plus récents, a réduit la taille de la flotte et affecté l’état de préparation opérationnelle. Photo : US Air Force par l’Airman de 1re classe Heather Amador Paulino.

 

La préparation d’un éventuel conflit majeur avec Pékin impose un changement d’échelle. Selon un nouveau rapport d’experts en puissance aérienne, l’US Air Force devrait acquérir des centaines d’avions supplémentaires de nouvelle génération, bien au-delà des plans actuels, pour conserver un avantage stratégique face à la Chine.

Au cœur de cette alerte stratégique, un constat simple mais brutal, la flotte prévue serait insuffisante pour soutenir une campagne aérienne prolongée contre un adversaire disposant d’un système avancé de déni d’accès et de défense intégrée, comme celui de l’Armée populaire de libération chinoise.

L’étude émane du Institut Mitchell pour les études aérospatiales, un centre de réflexion spécialisé dans les questions de supériorité aérienne. Dans un document intitulé Attaque stratégique, maintenir la capacité de l’Armée de l’air à priver l’ennemi de ses sanctuaires (Strategic Attack: Maintaining the Air Force’s Capacity to Deny Enemy Sanctuaries), les analystes estiment que les volumes actuellement planifiés ne permettraient pas de mener des frappes soutenues contre des cibles profondément protégées en territoire chinois.

Les auteurs, Heather Penney et Mark Gunzinger, recommandent l’acquisition d’environ 300 chasseurs F-47 et 200 bombardiers B-21, soit près de 500 appareils de nouvelle génération. Les plans actuels, eux, visent environ 185 F-47 et 100 B-21.

Le message est clair, à ces niveaux, Armée de l’air des États-Unis risquerait de devenir une « force de raid » ponctuelle, incapable de maintenir une pression stratégique durable.

Le F-47, issu du programme supériorité aérienne de nouvelle génération (Next Generation Air Dominance - NGAD), doit remplacer progressivement le F-22 Raptor. Conçu pour évoluer dans des environnements saturés de missiles sol-air, de guerre électronique et de drones adverses, il incarne la réponse américaine aux capacités croissantes de la Chine.

Mais selon le rapport, remplacer les anciens appareils ne suffit pas. Pour pénétrer les bulles défensives chinoises, neutraliser les centres de commandement et survivre à un conflit de haute intensité, le volume devient un facteur décisif. Une flotte trop réduite contraindrait les planificateurs à adopter des tactiques moins agressives afin de limiter les pertes, affaiblissant mécaniquement la dissuasion.

Le B-21 Raider, bombardier furtif développé pour remplacer les B-1 et B-2, est destiné à frapper des cibles stratégiques à longue distance, y compris dans des zones fortement défendues.

Or, face à la profondeur stratégique du territoire chinois et à la densité des systèmes anti-aériens de l'armée populaire de libération, cent exemplaires pourraient ne pas suffire. Les experts estiment qu’une flotte d’environ 200 appareils offrirait une capacité de frappe soutenue capable de disloquer les infrastructures militaires critiques sur la durée.

Derrière ces recommandations se cache une équation budgétaire lourde. Accroître la flotte de 500 appareils de nouvelle génération représenterait des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars supplémentaires sur plusieurs décennies.

Le débat dépasse la technique. Il touche à la stratégie globale américaine dans l’Indo-Pacifique, à la crédibilité de la dissuasion face à la Chine et à la capacité des États-Unis à mener une guerre de haute intensité contre un adversaire technologiquement avancé.

Le rapport s’inscrit dans une tendance plus large, la reconnaissance que les conflits futurs pourraient être longs, coûteux et marqués par une attrition élevée. Dans ce contexte, le simple remplacement des flottes vieillissantes ne suffit plus.

La logique avancée par les experts est pragmatique, la masse compte autant que la technologie. Sans réserve suffisante d’appareils modernes, la liberté d’action opérationnelle s’érode. Et dans une confrontation contre une puissance comme la Chine, la marge d’erreur serait quasi inexistante.

La question n’est plus seulement technologique. Elle est industrielle, budgétaire et stratégique. En clair, Washington doit décider dès maintenant si elle veut une aviation calibrée pour la dissuasion symbolique — ou pour un conflit réel de haute intensité.

La réponse façonnera l’équilibre militaire du Pacifique pour les décennies à venir.

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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