Frappes pakistanaises en Afghanistan, le spectre de la ligne Durand ravivé

Publié le 26 février 2026 à 17:03

Entre raids aériens, accusations croisées et héritage explosif de la ligne Durand, la rivalité entre Kaboul et Islamabad replonge dans une zone de turbulences. Décryptage d’une frontière coloniale devenue l’un des points chauds géopolitiques les plus sensibles d’Asie.

Par @sahbymehalla

Frappes pakistanaises en Afghanistan, le spectre de la ligne Durand ravivé

Frontière afghano-pakistanaise sous haute tension, où frappes aériennes, rivalités sécuritaires et héritage contesté de la ligne Durand ravivent le risque d’escalade régionale. Photo : Le Manifest, générée par IA.

 

La tension entre Islamabad et Kaboul refait surface avec une intensité préoccupante. L’aviation pakistanaise a mené près de quarante frappes sur le territoire afghan, provoquant des dizaines de victimes, selon des sources afghanes, entre morts et blessés. 

Cet épisode marque une nouvelle étape dans une confrontation cyclique entre les deux voisins, dont la dernière flambée majeure remonte à octobre dernier, lorsque plus de 70 personnes avaient été tuées avant un cessez-le-feu négocié sous médiation qatarie et turque.

Islamabad affirme que ces opérations constituent une riposte à une série d’attentats-suicides récents, dont l’attaque d’une mosquée à Islamabad début février. 

Dans un communiqué, le ministère pakistanais de l’Information évoque des frappes « ciblées et fondées sur des renseignements » contre sept camps et repaires de la mouvance des talibans pakistanais, ainsi qu’une branche locale de l’organisation État islamique. Aucun détail précis sur les zones visées n’a toutefois été communiqué.

Kaboul livre une version radicalement différente. Le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, accuse le Pakistan d’avoir bombardé des zones civiles dans les provinces de Nangarhar et de Paktika, causant la mort et des blessures parmi des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants. Il dénonce une tentative des généraux pakistanais de « compenser leurs failles sécuritaires internes » par une escalade militaire extérieure.

Dans la foulée des frappes, les incidents se sont multipliés le long de la frontière. Des échanges de tirs ont été signalés mardi, tandis que le Pakistan annonçait le renforcement de son dispositif sécuritaire et l’arrestation de dizaines de suspects. Islamabad a également fait état de la mort de quatre policiers dans une embuscade près de la frontière, imputée aux talibans pakistanais.

Depuis la prise de Kaboul par les talibans en 2021, les relations bilatérales se sont fortement dégradées. Le Pakistan accuse régulièrement des groupes armés, notamment les talibans pakistanais et des mouvements séparatistes baloutches, d’utiliser le territoire afghan comme base arrière pour lancer des attaques. Des accusations systématiquement rejetées par les autorités talibanes.

La construction par Islamabad d’une clôture frontalière en 2022 pour freiner les infiltrations a accentué les frictions. Les affrontements se sont intensifiés ces derniers mois, jusqu’à la fermeture temporaire de la frontière après les combats d’octobre, provoquant des pertes économiques de plusieurs dizaines de millions de dollars et bloquant des milliers de camions ainsi que des dizaines de milliers de civils.

Un rapport de la mission de l’ONU en Afghanistan (UNAMA) indiquait en février que les opérations attribuées aux forces pakistanaises avaient causé la mort de 70 civils et blessé près de 480 personnes au cours du dernier trimestre de l’année précédente.

Au cœur de la crise se trouve la ligne Durand, tracée en 1893 par l’Empire britannique pour délimiter la frontière entre l’Afghanistan et l’Inde coloniale. Héritée par le Pakistan lors de son indépendance en 1947, elle n’a jamais été reconnue officiellement par Kaboul.

Cette frontière coupe en deux les territoires pachtounes, créant une continuité tribale et sociale transfrontalière difficile à contrôler. Sa géographie montagneuse rend la surveillance militaire coûteuse et favorise historiquement la circulation des groupes armés.

Pour le Pakistan, la ligne Durand constitue une frontière internationale reconnue par les États-Unis et l’OTAN. Pour l’Afghanistan

 

ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA

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