Entre diplomatie, sécurité et investissements, l’Élysée accélère sa reconquête stratégique en Afrique face à la concurrence internationale et à l’érosion de son influence historique. Une séquence clé avant le sommet France-Afrique de Nairobi.
Par @sahbymehalla
Outre le président malgache, le colonel Michael Randrianirina (à gauche), Emmanuel Macron a également reçu les présidents de la Côte d’Ivoire et de la République démocratique du Congo. Photo AP News
Le président français Emmanuel Macron a entamé une série d’entretiens bilatéraux à l’Élysée avec plusieurs dirigeants africains, une séquence diplomatique qui met en lumière la volonté de Paris de redéfinir ses partenariats politiques, sécuritaires et économiques sur le continent. Cette initiative intervient dans un contexte de recul de l’influence française en Afrique de l’Ouest et à l’approche du sommet France-Afrique prévu en mai prochain à Nairobi.
Mardi, Emmanuel Macron a reçu le président chargé du processus de « refondation » à Madagascar, le colonel Michael Randrianirina. À l’issue de la rencontre, un communiqué conjoint a salué les « premiers progrès » engagés dans la transition politique, Paris réaffirmant son appui à l’organisation d’élections libres dans un délai de deux ans.
Les deux parties sont convenues de lancer un partenariat renouvelé articulé autour de trois axes majeurs. Sur le plan politique, la France insiste sur le renforcement des institutions de transition et la stabilisation interne. Sur le volet économique, les discussions ont porté sur l’extension des projets d’investissement conjoints afin de soutenir la dynamique de développement. En matière sécuritaire, les deux dirigeants ont confirmé la poursuite de leur coopération face aux défis régionaux dans l’océan Indien.
Le même jour, le chef de l’État français s’est entretenu avec son homologue ivoirien Alassane Ouattara. Les échanges ont essentiellement porté sur l’intensification des investissements croisés et sur la mise en œuvre de projets de développement à bénéfice mutuel.
Les questions sécuritaires ont également occupé une place centrale, notamment face à la montée des menaces terroristes et de la criminalité organisée en Afrique de l’Ouest. Cette coopération illustre la volonté de Paris de maintenir des partenariats solides avec des États considérés comme des piliers de stabilité régionale.
Mercredi, Emmanuel Macron a reçu le président congolais Félix Tshisekedi pour la deuxième fois en moins d’un mois. Les discussions se sont déroulées dans un contexte marqué par l’aggravation de la crise humanitaire et sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo, en particulier dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Les deux dirigeants ont évoqué les efforts visant à consolider un cessez-le-feu entre l’armée congolaise et les groupes armés, ainsi que les initiatives diplomatiques en cours, dont la médiation angolaise et le rôle de la mission des Nations unies (Monusco) dans le soutien à la stabilité et à l’aide humanitaire.
Au-delà de la dimension sécuritaire, Félix Tshisekedi a présenté la candidature de son pays au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, une démarche qui traduit l’ambition de Kinshasa de renforcer son poids au sein de l’espace francophone. Les deux parties ont qualifié la rencontre de « constructive » et réaffirmé leur volonté de poursuivre la coordination sur les dossiers bilatéraux et régionaux.
L’enchaînement de ces rencontres alimente les interrogations sur une possible recomposition de la politique africaine de la France. Entre soutien aux transitions politiques, renforcement des partenariats économiques et implication dans les crises sécuritaires, Paris cherche manifestement à afficher un retour stratégique sur le continent.
Cette séquence diplomatique s’inscrit aussi dans une tentative de reconstruction de la confiance avec les partenaires africains, alors que la France fait face à une concurrence accrue d’acteurs internationaux et régionaux et à une contestation de sa présence, notamment dans le Sahel.
À quelques mois du sommet France-Afrique de Nairobi, ces échanges constituent un test pour la capacité de l’Élysée à redéployer son influence et à esquisser les contours d’une relation franco-africaine présentée comme plus équilibrée, pragmatique et tournée vers le développement et la sécurité partagée.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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