Frappes aériennes, bilans contradictoires et tensions régionales explosives, Islamabad annonce un basculement historique vers une guerre ouverte avec Kaboul, un tournant sécuritaire majeur aux conséquences humaines et géopolitiques immédiates.
Par @sahbymehalla
Le ministre pakistanais de la Défense a affirmé vendredi à l’aube que son pays se considérait désormais en « guerre ouverte » avec l’Afghanistan, marquant une escalade majeure après une série de frappes menées de part et d’autre de la frontière, dans un climat régional déjà sous haute tension.
Dans un message publié sur X, Khawaja Mohammad Asif a déclaré qu’Islamabad avait « épuisé sa patience », accusant les talibans d’avoir transformé l’Afghanistan en « colonie de l’Inde » et d’exporter le terrorisme. Selon lui, le Pakistan espérait, après le retrait de l’OTAN, voir Kaboul se concentrer sur la stabilité interne et le bien-être de sa population. Les autorités afghanes n’avaient pas réagi officiellement à ces propos au moment de sa déclaration.
Cette prise de position intervient quelques heures après des frappes aériennes pakistanaises visant Kaboul, Kandahar et la province de Paktia, que des responsables des deux pays ont confirmées. Islamabad affirme avoir agi en représailles à des attaques transfrontalières attribuées aux forces afghanes.
Les deux camps livrent des bilans radicalement opposés, impossibles à vérifier de manière indépendante. Le ministère afghan de la Défense affirme avoir tué 55 soldats pakistanais et capturé plusieurs d’entre eux, tout en reconnaissant la mort de huit militaires afghans. De son côté, le ministre pakistanais de l’Information, Attaullah Tarar, évoque deux soldats tués et trois blessés, tandis qu’un porte-parole du Premier ministre Shehbaz Sharif affirme que 133 combattants afghans ont été tués et plus de 200 blessés.
Selon des responsables sécuritaires pakistanais s’exprimant sous couvert d’anonymat, certaines positions afghanes auraient hissé des drapeaux blancs, signe d’une demande de cessez-le-feu, alors que les forces pakistanaises poursuivaient ce qu’elles décrivent comme une riposte « décisive » à une « agression non provoquée ».
Cette nouvelle flambée de violence survient plusieurs mois après un cessez-le-feu négocié par le Qatar et la Turquie, désormais fragilisé. Elle intervient aussi dans un contexte humanitaire déjà critique. Les autorités pakistanaises ont indiqué avoir déplacé vers des zones plus sûres des dizaines de réfugiés afghans massés au poste-frontière de Torkham.
Depuis la vaste campagne lancée par Islamabad en octobre 2023 pour expulser les migrants en situation irrégulière, des millions d’Afghans ont été contraints de rentrer dans leur pays, dont 2,9 millions pour la seule année dernière, selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. Près de 80 000 retours supplémentaires ont été enregistrés depuis le début de l’année.
Au-delà de l’affrontement militaire, Khawaja Asif a également accusé le régime taliban de priver la population afghane de droits fondamentaux, notamment ceux des femmes, sans fournir d’éléments précis. « Nos forces armées donnent une réponse décisive », a-t-il assuré.
Cette escalade fait craindre une déstabilisation durable de la frontière afghano-pakistanaise, l’une des plus sensibles d’Asie du Sud, où s’entremêlent rivalités régionales, insurrections locales et crise migratoire.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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