Un général américain dévoile des scénarios secrets d’intervention en Iran. Stratégie, pression militaire et enjeux pétroliers, décryptage d’un plan qui pourrait changer l’équilibre mondial.
McKenzie a déclaré qu’au cours de ses années au sein du commandement central, il a supervisé des simulations répétées de scénarios d’invasion terrestre de l’Iran (Getty Images).
MOYEN-ORIENT — Les États-Unis auraient anticipé depuis longtemps une éventuelle escalade militaire avec l’Iran, c’est ce qu’affirme le général américain à la retraite Frank McKenzie, ancien chef du United States Central Command, évoquant des plans stratégiques incluant des interventions terrestres limitées et la prise de positions clés, notamment dans le détroit d’Ormuz.
Dans un entretien accordé à CBS News, McKenzie insiste sur un point central, les opérations actuelles ne relèvent pas de décisions improvisées mais s’inscrivent dans « une planification établie depuis plusieurs années ».
L’objectif principal reste clair, réduire la capacité de l’Iran à perturber la navigation dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial.
Sur le plan opérationnel, la stratégie américaine repose d’abord sur l’instauration d’une supériorité aérienne durable au-dessus du sud iranien.
Celle-ci s’accompagne de campagnes intensives de surveillance et de frappes ciblées contre les missiles de courte portée et les drones, identifiés comme les principales menaces pour le trafic maritime.
Cette phase vise à affaiblir progressivement les capacités militaires de Téhéran jusqu’à un seuil critique.
À terme, elle pourrait ouvrir la voie à des opérations plus complexes, notamment des missions de détection et de neutralisation de mines maritimes dans le détroit d’Ormuz.
« Nous ne savons pas s’ils en ont déjà posé, mais il est probable qu’ils le fassent », a précisé McKenzie, évoquant une logique cohérente avec le comportement stratégique iranien.
L’ancien commandant du CENTCOM souligne également que ces scénarios ont été testés à de multiples reprises, pendant son mandat, des simulations d’invasion terrestre ont été menées régulièrement, permettant aujourd’hui d’observer, selon lui, des performances opérationnelles légèrement supérieures aux prévisions initiales.
Contrairement à certains discours politiques, l’hypothèse d’un blocage du détroit d’Ormuz n’aurait jamais pris les militaires américains au dépourvu, cette éventualité figure depuis longtemps dans les plans, incluant la sécurisation d’îles et de positions stratégiques le long du littoral sud de l’Iran.
Parmi les options envisagées, des opérations amphibies ciblées pourraient permettre de prendre temporairement le contrôle d’îles ou de bases militaires, ces interventions, généralement conçues comme des raids rapides suivis d’un retrait, pourraient toutefois évoluer vers des occupations prolongées en fonction des enjeux tactiques et politiques.
Le général cite notamment l’île de Kharg, point névralgique des exportations pétrolières iraniennes, sa prise de contrôle pourrait, selon lui, « paralyser entièrement l’économie pétrolière iranienne » sans destruction d’infrastructures, tout en constituant un levier stratégique majeur dans d’éventuelles négociations.
Une telle opération serait, ajoute-t-il, « extrêmement humiliante pour l’Iran » et renforcerait considérablement la position de Washington.
Dans cette équation, la notion de succès repose avant tout sur le maintien de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, à cela s’ajoute l’ambition d’obtenir des avancées sur les programmes balistique et nucléaire iraniens.
D’un point de vue militaire, ces objectifs représentent le maximum atteignable à ce stade, McKenzie estime qu’ils restent accessibles, à condition de maintenir une pression constante sur Téhéran.
Enfin, l’ancien responsable anticipe une riposte iranienne inévitable face à l’usage de la force, il considère toutefois que les autorités de Téhéran comprennent désormais mieux les mécanismes de dissuasion américaine, il souligne également un changement d’approche à Washington, désormais plus enclin à recourir à la force, contrairement à certaines administrations précédentes qu’il décrit comme « totalement dissuadées » par l’Iran.
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