Ormuz sous tension maximale, l’Europe négocie, la Chine accuse, Trump hausse le ton. Un point stratégique qui pourrait faire basculer l’économie mondiale.
Le président américain Donald Trump a appelé les pays à « faire preuve de courage » pour prendre le contrôle du détroit d’Ormuz. Photo par Raju Shinde / Hindustan Times via Getty Images
MOYEN-ORIENT — Les réactions internationales continuent de s’intensifier face à la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième de la production mondiale de pétrole. Dans ce contexte critique, le président américain Donald Trump a appelé les nations à faire preuve de « courage » pour reprendre le contrôle du détroit et rétablir la circulation maritime.
Jeudi, la Chine a pointé du doigt les États-Unis et Israël, estimant que les frappes menées contre l’Iran constituent la cause principale de cette paralysie. Lors d’un point presse, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a dénoncé des « opérations militaires illégales » menées par Washington et Tel-Aviv, responsables selon Pékin de l’interruption du trafic maritime dans cette zone clé.
Du côté de l’Asie, le président sud-coréen Lee Jae-myung a qualifié la crise actuelle au Moyen-Orient de menace majeure pour la sécurité énergétique mondiale, avertissant que le retour à des niveaux d’approvisionnement d’avant-guerre prendra du temps.
La veille, Donald Trump avait exhorté les pays dépendants du pétrole transitant par Ormuz à « s’en emparer, le sécuriser et l’exploiter », affirmant que les États-Unis pourraient soutenir toute initiative allant dans ce sens.
En parallèle, les capitales européennes s’activent pour tenter de désamorcer la crise. La porte-parole du gouvernement britannique, Jocelyn Woollard, a indiqué que le Premier ministre Keir Starmer s’est entretenu avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Les deux dirigeants ont fermement condamné ce qu’ils qualifient « d’action iranienne grave » dans le détroit.
Ils ont souligné que la situation actuelle met en péril l’économie mondiale et ont appelé à une coordination internationale pour élaborer un plan concret visant à rétablir la liberté de navigation, suspendue depuis plus d’un mois en raison du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Une réunion virtuelle réunissant près de 36 pays s’est tenue jeudi sous l’égide du Royaume-Uni. Objectif affiché ? Intensifier les pressions diplomatiques et politiques afin de rouvrir le détroit et sécuriser les flux commerciaux vitaux.
Ursula von der Leyen a, de son côté, insisté sur l’urgence de la situation, affirmant que l’Union européenne travaillera avec ses partenaires pour garantir une reprise rapide du trafic maritime.
Un diplomate de l’OTAN estime que le discours de Donald Trump vise à contraindre les alliés à passer à l’action, notamment en soutenant la France et le Royaume-Uni dans leurs efforts autour du détroit d’Ormuz.
À l’échelle internationale, la mobilisation s’intensifie également. La ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, a indiqué avoir échangé avec son homologue canadienne avant une réunion consacrée à l’impact de la guerre sur les marchés énergétiques.
« Nous voulons tous restaurer un passage sécurisé dans le détroit d’Ormuz et mettre fin à sa prise en otage par le régime iranien », a-t-elle déclaré.
Dans le même temps, l’Inde, qui négocie directement avec Téhéran pour garantir la sécurité de ses navires, adopte une position plus nuancée. New Delhi rejette toute prise de contrôle iranienne du détroit, tout en privilégiant les canaux multilatéraux, notamment les Nations unies, pour pousser à sa réouverture.
Dans un discours adressé aux Américains, Donald Trump a minimisé l’importance stratégique du détroit pour les États-Unis, affirmant que le pays n’en dépend pas.
Il a néanmoins posé une alternative claire aux pays importateurs de pétrole, soit se fournir auprès des États-Unis, soit « faire preuve de courage » en prenant eux-mêmes le contrôle du détroit.
Le président américain a également qualifié une éventuelle prise de contrôle « d'opération facile », assurant que Washington soutiendrait les pays prêts à agir, et que le détroit rouvrira « naturellement » une fois le conflit terminé.
En parallèle, des discussions diplomatiques semblent émerger en coulisses. Des échanges seraient en cours entre Washington et Téhéran en vue d’un cessez-le-feu.
D’après trois responsables américains, ces négociations porteraient sur un accord liant la fin des hostilités à la réouverture du détroit d’Ormuz. Aucun détail n’a toutefois été fourni sur la nature directe ou indirecte de ces discussions.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
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