À la veille des pourparlers décisifs de Genève, Téhéran dénonce les « mensonges » de Trump tandis que Washington déploie une armada sans précédent au Moyen-Orient. Menaces croisées, programme nucléaire opaque, risque d’embrasement régional et diplomatie sous haute tension, les lignes rouges se rapprochent dangereusement. L’issue des négociations pourrait redéfinir l’équilibre stratégique mondial.
Par @sahbymehalla
Une femme passe devant une fresque murale dans une école de filles sur l’avenue Enqelab-e-Eslami — la rue de la Révolution islamique — dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le mercredi 25 février 2026. Photo : AP News / Vahid Salemi
À la veille de négociations décisives à Genève sur le programme nucléaire iranien, Téhéran a vivement réagi à la stratégie de pression de Donald Trump, alternant entre accusations de « mensonges éhontés » et ouverture à un accord fondé sur une « diplomatie honorable ».
Ces déclarations de deux responsables iraniens interviennent alors que Washington a déployé au Moyen-Orient sa plus importante concentration d’avions et de navires de guerre depuis des décennies. Cette démonstration de force s’inscrit dans la volonté de la Maison-Blanche d’arracher un accord limitant les capacités nucléaires de l’Iran, dans un contexte de tensions internes croissantes après les manifestations nationales du mois dernier.
Donald Trump a, à plusieurs reprises, menacé de frapper militairement l’Iran en cas d’échec des discussions. Une perspective qui inquiète les capitales régionales, déjà fragilisées par les répercussions de la guerre Israël-Hamas. Téhéran a prévenu que toutes les bases militaires américaines au Moyen-Orient seraient considérées comme des cibles légitimes, exposant des dizaines de milliers de soldats américains.
Selon des images satellites, les bâtiments de la Ve flotte américaine habituellement stationnés à Bahreïn ont quitté leur port pour se disperser en mer, une manœuvre défensive similaire à celle observée avant l’attaque iranienne contre le Qatar en juin.
Dans son allocution devant le Congrès, le président américain a affirmé que l’Iran développait des missiles capables de menacer l’Europe et, bientôt, le territoire des États-Unis. Il a également accusé Téhéran de relancer son programme nucléaire malgré les avertissements de Washington.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que l’Iran tentait « constamment de reconstruire des éléments » de ses capacités nucléaires, tout en précisant que le pays n’enrichissait pas actuellement d’uranium, mais cherchait à pouvoir le faire.
Les puissances occidentales et l’Agence internationale de l’énergie atomique estiment que le programme militaire nucléaire iranien a pris fin en 2003. Avant les frappes américaines de juin, Téhéran enrichissait toutefois l’uranium à 60 %, un niveau proche du seuil militaire fixé à 90 %.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a comparé Donald Trump à Joseph Goebbels, accusant son administration de mener une campagne de « désinformation ». Il a rejeté comme « répétition de gros mensonges » les accusations américaines concernant le programme nucléaire, les missiles balistiques et le bilan des manifestations de janvier.
Sur ce point, les chiffres divergent fortement. Donald Trump a évoqué 32 000 morts, tandis que l’agence Human Rights Activist News Agency en recense plus de 7 000, estimant le bilan réel plus élevé. Les autorités iraniennes, elles, ont reconnu 3 117 décès.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a posé une alternative claire, une diplomatie respectueuse des intérêts mutuels ou une riposte militaire en cas d’attaque pendant les négociations.
Les délégations américaine et iranienne doivent se retrouver jeudi à Genève pour un troisième cycle de pourparlers, sous médiation omanaise. Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi est déjà arrivé sur place pour rencontrer l’émissaire américain Steve Witkoff.
Marco Rubio a prévenu qu’une percée immédiate était peu probable, Washington s’inquiétant également du programme balistique iranien, que Téhéran refuse d’inclure dans les discussions.
L’issue des négociations déterminera en grande partie la suite des événements. Des frappes limitées pourraient ne pas suffire à faire plier l’Iran, tandis qu’une opération visant un changement de régime impliquerait une campagne militaire longue et risquée, sans plan clair pour l’après-conflit.
Donald Trump avait affirmé l’an dernier que les frappes américaines avaient « anéanti » les capacités nucléaires iraniennes. Pourtant, la destruction complète de ce qui subsiste semble désormais redevenir un objectif, d’autant que les inspecteurs de l’AIEA n’ont pas été autorisés à accéder aux sites visés pour en vérifier l’état.
Au-delà du dossier nucléaire, toute escalade militaire pourrait embraser l’ensemble de la région, Téhéran étant en mesure de viser les alliés de Washington dans le Golfe ou Israël. Les marchés pétroliers ont déjà réagi à cette montée des tensions par une hausse des prix.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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