Tunisie, 24 ans de prison pour l’ex-chef du gouvernement Ali Larayedh, Ennahdha dénonce un verdict politique

Publié le 27 février 2026 à 18:10

Condamnation choc de l’ex-chef du gouvernement tunisien Ali Larayedh, Ennahdha crie au procès politique et dénonce une justice instrumentalisée, sur fond de crise démocratique et de répression de l’opposition. Une décision qui relance le débat sur l’état des libertés en Tunisie.

Par @lemanifestmedia

Tunisie, 24 ans de prison pour l’ex-chef du gouvernement Ali Larayedh, Ennahdha dénonce un verdict politique

Des militants réclament lors d’une marche la libération des opposants détenus. Photo : EPA

 

La justice tunisienne a condamné définitivement vendredi l’ancien chef du gouvernement et ex-ministre de l’Intérieur Ali Larayedh à 24 ans de prison, dans l’affaire dite de « l’acheminement de jeunes vers les zones de conflit en Syrie entre 2012 et 2013 ». Le mouvement Ennahdha a immédiatement dénoncé un jugement « injuste » et « politiquement motivé ».

La décision a été rendue par la cour d’appel de Tunis à l’issue d’une audience marathon, les plaidoiries de la défense s’étant poursuivies jusqu’à l’aube. Plusieurs autres accusés, dont d’anciens responsables sécuritaires, ont écopé de peines de prison, tandis que le porte-parole de l’organisation classée terroriste Ansar al-Charia a été condamné à trois ans d’emprisonnement.

Détenu depuis 2023, Ali Larayedh est poursuivi notamment pour constitution et appartenance à une organisation terroriste et pour avoir utilisé le territoire tunisien afin de commettre des « crimes terroristes » contre un pays étranger.

L’enquête sur ce dossier avait été ouverte en décembre 2021 à la suite d’une plainte déposée par la députée Fatma Mseddi.

Le dirigeant du mouvement Ennahdha, Riadh Chaïbi, a fustigé une décision « qui ne repose sur aucun élément matériel » et qu’il considère comme faisant partie « d'une série de jugements visant les figures de l’opposition ». Il a notamment rappelé que Rached Ghannouchi, leader historique du parti, est lui aussi emprisonné depuis 2023 pour des accusations liées à la sûreté de l’État.

Selon Ennahdha, le dossier est « fabriqué » et s’inscrit dans une logique de règlement de comptes politiques contre les responsables qui ont gouverné après la révolution de 2011.

Le mouvement souligne par ailleurs qu’Ali Larayedh fut, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur en 2013, le premier à classer Ansar al-Charia comme organisation terroriste, et qu’il avait mis en place la mesure sécuritaire S17 destinée à empêcher les départs vers les zones de conflit.

Ce verdict intervient dans un contexte de pression judiciaire croissante contre les figures de l’opposition, dont une grande partie est issue d’Ennahdha, formation qui a dominé la vie politique entre 2011 et 2021.

Le parti affirme que ces procès ne respectent pas « les standards d’un procès équitable » et les relie aux décisions prises par le président Kaïs Saïed le 25 juillet 2021, lorsqu’il a suspendu le Parlement et concentré les pouvoirs exécutif et législatif entre ses mains. L’opposition parle de « coup d’État », tandis que ses partisans évoquent une « correction du processus révolutionnaire ».

Depuis l’arrestation de dizaines d’opposants début 2023, des manifestations sont régulièrement organisées à Tunis pour réclamer la libération des prisonniers politiques.

Le 14 février 2026, familles de détenus, militants et responsables politiques ont défilé dans la capitale pour demander la libération des opposants incarcérés, dénonçant une dérive autoritaire du pouvoir.

 

ÉCRIT PAR : LA RÉDACTION 

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