Sous les bombardements, des dizaines de milliers de civils fuient le Liban vers la Syrie. Témoignages, chaos aux frontières et crise humanitaire qui s’intensifie.
Par Le Manifest
Des milliers de Libanais et de Syriens déplacés traversent actuellement le poste-frontière de Masnaa, à la frontière entre le Liban et la Syrie, pour échapper aux bombardements israéliens qui se poursuivent dans le sud du Liban et dans la banlieue sud de Beyrouth.
La scène humanitaire se complexifie de jour en jour, alors que le nombre de civils fuyant les zones de combat ne cesse d’augmenter.
Le flux de déplacés s’intensifie également au poste-frontière de Jdeidet Yabous, côté syrien. Le nombre de personnes arrivées à la frontière a fortement augmenté en quelques heures. Plus de 16 000 personnes avaient déjà franchi la frontière mercredi, un chiffre qui dépasse désormais 20 000 déplacés au total via ce point de passage.
Chaque jour, le pic de passage survient en fin de matinée. Des files de voitures chargées de bagages s’étirent sur plusieurs kilomètres, tandis que d’autres familles arrivent sans rien, ayant quitté leurs maisons précipitamment sous les bombardements.
Sur place, les images témoignent de l’ampleur de la crise. Des familles entières franchissent la frontière. Certains Libanais rejoignent la Syrie où vivent des proches, tandis que des Syriens installés au Liban depuis des années retournent aujourd’hui dans leur pays.
À proximité du poste-frontière, des équipes de volontaires distribuent nourriture et eau aux nouveaux arrivants. Des équipes médicales prennent également en charge les personnes malades ou épuisées par le voyage.
Un déplacé libanais originaire de Saïda raconte que le trajet jusqu’à la frontière lui a pris près de six heures, en raison d’embouteillages massifs. Selon lui, les bombardements « ont complètement transformé le paysage », certaines zones familières de la ville ayant été détruites.
Le vice-maire de Saïda, Ahmed Akkara, explique de son côté que la ville subit une pression considérable avec l’arrivée de nombreux déplacés. Environ 11 300 personnes sont actuellement hébergées dans 24 centres d’accueil publics, tandis que d’autres trouvent refuge chez des proches.
Un déplacé syrien, qui travaillait entre Beyrouth et son pays, décrit une situation « extrêmement difficile ». Les frappes se concentreraient notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et dans le sud du Liban, poussant de nombreux habitants à quitter leurs quartiers par crainte d’une intensification des attaques.
Les premiers jours ont également été marqués par de fortes difficultés au passage de la frontière. Certains civils ont attendu jusqu’à douze heures pour franchir le poste-frontière. Une rumeur évoquant une possible attaque contre le point de passage a semé la panique, poussant plusieurs personnes à parcourir de longues distances à pied.
Un autre déplacé venu du quartier de Tayouneh, à Beyrouth, explique avoir passé trois jours sans dormir, préparant son départ. Les derniers jours ont été, selon lui, « remplis de peur et de bombardements ».
Le mouvement de fuite ne se limite pas au poste-frontière de Jdeidet Yabous. Le passage frontalier de Joussieh enregistre lui aussi une forte affluence. Les estimations évoquent plus de 50 000 personnes entrées en Syrie en quatre jours via ces deux points de passage.
Malgré cet afflux massif, aucun centre d’accueil officiel n’a encore été annoncé en Syrie. La majorité des déplacés se dirigent vers les maisons de proches dans différentes provinces. Parallèlement, les équipes de la défense civile et des services d’urgence transportent certaines familles en bus vers plusieurs régions du pays.
Mercredi, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a appelé à accélérer la réponse humanitaire pour soutenir les déplacés du sud du Liban. Il a également averti contre toute tentative d’exploitation ou de violence à leur encontre, soulignant que ces civils sont « des victimes de politiques dont ils ne sont pas les auteurs ».
Qualifiant la situation de « moment extrêmement difficile pour notre pays », Nawaf Salam a rappelé que des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de quitter leurs maisons et leurs villes.
La ministre libanaise des Affaires sociales Hanin El-Sayed a indiqué que 83 000 Libanais ont été déplacés par les attaques, dont 18 033 familles originaires du sud du pays.
ÉCRIT PAR LE MANIFEST
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