Iran, Ormuz sous contrôle stratégique, Téhéran redéfinit les règles du jeu maritime

Publié le 1 avril 2026 à 15:23

Téhéran resserre son contrôle sur Ormuz, taxation, inspections et chute du trafic. Un tournant stratégique qui secoue commerce mondial et marchés énergétiques.

Iran, Ormuz sous contrôle stratégique, Téhéran redéfinit les règles du jeu maritime

Le trafic maritime a été fortement perturbé dans le détroit d’Ormuz depuis la fin du mois de février en raison de la guerre contre l’Iran. Photo par Barry Iverson / Getty Images

 

MOYEN-ORIENT — Dans un contexte de tensions militaires accrues au Moyen-Orient, un haut responsable iranien affirme que l’équilibre maritime régional a été profondément bouleversé, avec le détroit d’Ormuz désormais soumis à de nouvelles conditions imposées par Téhéran.

Selon Ibrahim Azizi, président de la commission de la sécurité nationale au Parlement iranien, « le système maritime dans la région a changé », précisant que le détroit d’Ormuz restera ouvert uniquement aux navires respectant les « nouvelles règles de la République islamique d’Iran ». Dans une publication sur X, il ironise sur l’action de Donald Trump, affirmant qu’il a « réussi à changer le régime… mais seulement le régime maritime de la région ».

Le responsable iranien ajoute que « la période d’hospitalité qui a duré 47 ans est terminée », suggérant un tournant stratégique majeur dans la gestion de cette voie maritime cruciale, par laquelle transite une part significative du commerce énergétique mondial.

Cette déclaration intervient alors que la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) alerte sur un quasi-arrêt des flux maritimes dans le détroit depuis la fin du mois de février. L’escalade militaire a fortement perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec des répercussions directes sur les marchés de l’énergie et du transport maritime.

Le 22 mars, Téhéran a informé la Organisation maritime internationale ainsi que les Nations unies que les navires « non hostiles » pouvaient continuer à emprunter le détroit, à condition de se conformer aux protocoles de sécurité iraniens et de coordonner leur passage avec les autorités locales.

Dans les faits, l’Iran aurait déjà instauré des frais de transit pour certaines embarcations commerciales, atteignant jusqu’à 2 millions de dollars par traversée dans certains cas. Les navires souhaitant bénéficier d’une « protection » iranienne doivent désormais transmettre des données détaillées sur leur cargaison, leur équipage et leur itinéraire, afin d’obtenir l’aval des Gardiens de la révolution.

Ce système s’apparente désormais à un véritable point de contrôle maritime. Plusieurs navires auraient été inspectés dans les eaux territoriales iraniennes, et au moins deux auraient payé pour pouvoir poursuivre leur route. Le trafic aurait chuté de près de 90 % depuis le début du conflit, avec seulement environ 150 navires ayant traversé le détroit depuis le 1er mars, soit l’équivalent d’une seule journée normale avant la guerre.

Le 26 mars, l’agence iranienne Fars, rapporte que le Parlement iranien travaille sur un projet de loi visant à officialiser ces frais de passage. Une initiative qui traduirait la volonté de Téhéran de transformer des mesures exceptionnelles en cadre juridique structuré.

En parallèle, l’Organisation maritime internationale rappelle que la liberté de navigation constitue un principe fondamental du droit maritime international, appelant toutes les parties à le respecter sans exception. L’organisation a également condamné les attaques visant des navires commerciaux ainsi que toute menace de fermeture du détroit d’Ormuz, plaidant pour une coordination internationale afin de garantir la sécurité des équipages et la continuité du commerce mondial.

Dans ce bras de fer géopolitique, le détroit d’Ormuz s’impose plus que jamais comme un levier stratégique majeur, au cœur d’un nouvel ordre maritime en gestation.


ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.