Des documents manquants, une accusation de dissimulation d’État et une bataille politique explosive à Washington, l’affaire Epstein rattrape Donald Trump et relance la guerre des archives judiciaires.
Par @sahbymehalla
Donald Trump avec sa compagne de l’époque, Melania Knauss, et Jeffrey Epstein aux côtés de Ghislaine Maxwell au club Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride, en février 2000. Photo : Davidoff / Getty Images.
Les démocrates américains accusent l’administration du président Donald Trump d’avoir orchestré « la plus grande opération de dissimulation gouvernementale de l’histoire moderne » après la publication de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein, dont certaines pièces concernant des accusations visant le chef de l’État seraient absentes.
Selon des révélations initiales de la radio publique américaine NPR, la base de données mise en ligne par le ministère de la Justice dans le cadre de la loi sur la transparence adoptée l’an dernier présenterait des lacunes. Des index et numéros de série indiquent que le FBI a conduit quatre entretiens avec la plaignante ayant accusé Trump d’agression sexuelle sur mineure. Or, un seul résumé apparaît dans les archives publiques, les trois autres comptes rendus ainsi que plus de cinquante pages de notes restant introuvables.
Des vérifications menées par The New York Times et la chaîne MSNBC aboutissent à des conclusions similaires, renforçant les soupçons de l’opposition. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, les élus démocrates de la commission de contrôle de la Chambre des représentants ont réclamé des explications immédiates, évoquant une dissimulation d’ampleur historique.
La plaignante avait contacté les autorités en juillet 2019, peu après l’arrestation fédérale de Jeffrey Epstein pour trafic sexuel de mineures. Des références internes contenues dans les documents publiés mentionnent son affirmation selon laquelle Epstein l’aurait présentée à Donald Trump au milieu des années 1980, alors qu’elle était âgée de 13 à 15 ans.
Une note du FBI datée de 2025 reprend cette accusation dans la base publique, sans toutefois en évaluer la crédibilité. Les comptes rendus détaillés d’entretiens complémentaires réalisés en août et octobre 2019 ne figurent pas parmi les documents accessibles.
Le représentant démocrate Robert Garcia, principal élu de son parti au sein de la commission de contrôle, affirme avoir consulté les versions non expurgées au ministère de la Justice et être parvenu au même constat. Il évoque une rétention « apparemment illégale » d’éléments d’enquête et annonce l’ouverture d’une investigation parlementaire parallèle pour obtenir les dossiers manquants.
De son côté, le ministère de la Justice assure que les documents non publiés relèvent de catégories légalement exemptées de divulgation, notamment les doublons ou les pièces liées à une enquête fédérale toujours en cours. L’administration nie toute suppression et indique que certains fichiers ont été retirés temporairement afin d’être expurgés avant leur remise en ligne.
Les démocrates contestent cette justification, estimant que les procès-verbaux d’audition concernés ne correspondent pas aux exceptions invoquées.
Donald Trump a, à plusieurs reprises, rejeté toute accusation d’inconduite et affirme que la publication des « dossiers Epstein » l’a blanchi. L’affaire s’inscrit dans un climat politique déjà extrêmement polarisé à l’approche des élections de mi-mandat, où la question de la transparence judiciaire et de la gestion des archives fédérales pourrait devenir un thème central.
La diffusion de millions de pages liées au réseau d’Epstein continue par ailleurs de susciter un débat juridique et éthique. Le professeur de droit Daniel Richman estime que cette divulgation massive révèle « un échec institutionnel » et pose un problème moral, l’accès brut à des documents non contextualisés pouvant conduire à des interprétations abusives ou à la diffusion d’informations non vérifiées.
Au-delà du cas Trump, ces révélations prolongent les secousses politiques et médiatiques provoquées par l’affaire Epstein, dont les ramifications touchent les sphères économiques, politiques et royales des deux côtés de l’Atlantique.
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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