La diplomatie vacille et les porte-avions avancent. Entre démonstration de force militaire, négociations nucléaires au point mort et craintes d’embrasement régional, Washington et Téhéran entrent dans une phase décisive aux conséquences potentiellement mondiales.
Par @lemanifestmedia
Sur cette photo fournie par l’US Navy, l’USS Gerald R. Ford entame la première de ses campagnes d’essais en mer afin de tester, pour la première fois en autonomie, plusieurs systèmes de pointe, le 8 avril 2017 au départ de Newport News, en Virginie. Photo : Mass Communication Specialist 2nd Class Ridge Leoni/US Navy via AP.
L’Iran a mené jeudi des manœuvres militaires annuelles avec la Russie, au moment où un second porte-avions américain se rapproche du Moyen-Orient, dans un contexte où Washington et Téhéran affichent leur préparation à une confrontation si les négociations sur le programme nucléaire iranien échouent.
Donald Trump affirme toujours privilégier un accord, mais les discussions sont dans l’impasse depuis des années. Téhéran refuse d’aborder les exigences élargies des États-Unis et d’Israël concernant la réduction de son programme balistique et la rupture de ses liens avec les groupes armés. Les pourparlers indirects menés ces dernières semaines n’ont enregistré aucune avancée notable, laissant planer l’hypothèse d’une phase de préparation militaire de part et d’autre.
Fragilisé par douze jours de frappes israélo-américaines contre ses installations nucléaires et militaires l’an dernier et par des manifestations massives violemment réprimées en janvier, le régime iranien apparaît plus vulnérable que jamais. Il conserve toutefois la capacité de frapper Israël et les bases américaines dans la région et prévient qu’une attaque déclencherait une guerre régionale.
Téhéran a lancé en début de semaine un exercice à tirs réels dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Dans le même temps, les cérémonies organisées quarante jours après la mort de manifestants tués par les forces de sécurité ont donné lieu à de nouveaux slogans anti-gouvernementaux, malgré les menaces des autorités.
Les mouvements de navires et d’avions de guerre américains, dont le porte-avions USS Gerald R. Ford actuellement dans l’Atlantique au large du Maroc, ne signifient pas qu’une frappe est imminente. Ils renforcent toutefois la capacité de Donald Trump à ordonner une opération militaire.
Selon un haut responsable américain, les forces nécessaires à une éventuelle action pourraient être en place d’ici la mi-mars. L’Iran a accepté de soumettre une proposition écrite pour répondre aux préoccupations américaines formulées lors des discussions indirectes de Genève, sans calendrier précis pour sa remise.
« Il n’est pas facile de conclure un accord significatif avec l’Iran. Mais nous devons y parvenir. Sinon, de mauvaises choses arriveront », a averti le président américain.
Face à la montée des risques, le Premier ministre polonais Donald Tusk a appelé ses ressortissants à quitter immédiatement l’Iran, estimant qu’une évacuation pourrait bientôt devenir impossible. L’armée allemande a, de son côté, retiré une partie de son personnel non essentiel d’une base dans le nord de l’Irak.
Le think tank Soufan Center souligne que 50 avions de combat américains supplémentaires — F-35, F-22 et F-16 — ont été déployés dans la région, venant s’ajouter aux centaines déjà stationnés dans les États du Golfe. Ces mouvements renforcent la menace d’une vaste campagne aérienne et de missiles en cas d’échec diplomatique.
Les forces iraniennes et des marins russes ont conduit leurs exercices annuels dans le golfe d’Oman et l’océan Indien afin « d'améliorer la coordination opérationnelle et d’échanger des expériences militaires », selon l’agence officielle IRNA. Des images diffusées par Téhéran montrent les forces spéciales navales des Gardiens de la révolution prenant d’assaut un navire, une capacité déjà utilisée par le passé pour saisir des bâtiments dans des voies maritimes stratégiques.
L’Iran a également émis des avertissements de tirs de roquettes aux pilotes opérant dans la zone, signalant le lancement prévu de missiles antinavires dans le cadre de l’exercice.
Israël anticipe une possible réponse iranienne en cas d’attaque américaine. « Nous sommes prêts à tous les scénarios », a déclaré le Premier ministre Benyamin Netanyahou, prévenant que toute frappe contre son pays entraînerait une réponse « inimaginable ».
Partisan de longue date d’une ligne dure contre Téhéran, il estime qu’un accord doit non seulement mettre fin au programme nucléaire iranien, mais aussi limiter son arsenal balistique et ses liens avec le Hamas et le Hezbollah.
Téhéran maintient que les négociations doivent se concentrer exclusivement sur le nucléaire et affirme avoir suspendu l’enrichissement d’uranium depuis les frappes de l’été dernier. Les dégâts réels sur ses installations restent inconnus, l’Iran ayant interdit l’accès aux inspecteurs internationaux.
Comme par le passé, la République islamique assure que son programme nucléaire est civil, tandis que Washington et ses alliés soupçonnent une finalité militaire. Israël, largement considéré comme une puissance nucléaire, n’a jamais confirmé ni démenti posséder l’arme atomique.
ÉCRIT PAR : LA RÉDACTION
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