Fermeture temporaire, exercices à tirs réels et bras de fer Washington-Téhéran, pourquoi ce corridor pétrolier vital menace de faire vaciller l’économie mondiale.
Par @sahbymehalla
Vue satellite du détroit d’Ormuz. Stocktrek/Photodisc/Getty Images
L’Iran affirme avoir fermé temporairement certaines portions du détroit d’Ormuz, l’étroit goulet stratégique à l’entrée du golfe Persique, au moment où des médias iraniens annonçaient des exercices militaires à munitions réelles dans cette artère vitale par laquelle transite près de 20 % du pétrole mondial.
Cette décision constitue une mesure rare, peut-être sans précédent à cette échelle, et envoie un signal direct sur les conséquences potentielles pour l’économie mondiale en cas d’escalade entre Téhéran et Washington. Dans le passé, lors des périodes de tension, l’Iran a déjà harcelé des navires dans cette zone. Durant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, les deux camps avaient même attaqué des pétroliers et posé des mines navales, interrompant ponctuellement le trafic maritime. Mais Téhéran n’avait plus sérieusement menacé de fermer totalement la voie depuis cette époque, y compris lors de la guerre de douze jours l’an dernier, lorsque ses installations nucléaires et militaires avaient été bombardées par Israël et les États-Unis.
L’ampleur réelle de la fermeture et son impact immédiat restaient incertains. Les médias iraniens évoquent une interruption de quelques heures pour des raisons de « sécurité maritime ».
Large d’environ 33 kilomètres à son point le plus étroit, le détroit d’Ormuz relie le golfe Persique au golfe d’Oman, ouvrant ensuite la route vers les marchés mondiaux. Bien que ses eaux territoriales soient partagées entre l’Iran et Oman, il est considéré comme une voie maritime internationale. Les Émirats arabes unis, où se trouve la métropole de Dubaï, sont également situés à proximité immédiate.
Depuis des siècles, cette route constitue un axe commercial majeur. Autrefois empruntée par les flux de soie, de céramiques ou d’ivoire entre l’Asie et le Moyen-Orient, elle est aujourd’hui essentielle aux superpétroliers transportant pétrole et gaz depuis l’Arabie saoudite, le Koweït, l’Irak, le Qatar, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Iran, principalement à destination de l’Asie — notamment la Chine, dernier grand acheteur de brut iranien.
Malgré l’existence d’oléoducs contournant la zone en Arabie saoudite et aux Émirats, l’Administration américaine d’information sur l’énergie souligne que la majorité des volumes n’a « aucune alternative » pour quitter la région. Chaque menace sur ce corridor a historiquement provoqué une flambée des prix de l’énergie, comme lors du conflit israélo-iranien en juin.
Début février, dans un contexte de menaces américaines de frappes sur fond de manifestations anti-gouvernementales en Iran, Téhéran avait déjà organisé des manœuvres à tirs réels dans la zone, sans toutefois interrompre la navigation. Le 4 février, un nouvel incident a accentué la tension, un avion de chasse américain a abattu un drone iranien qui s’approchait du porte-avions USS Abraham Lincoln en mer d’Arabie. Selon l’armée américaine, un navire marchand battant pavillon américain a également été harcelé dans le détroit.
L’exercice actuel, baptisé « Contrôle intelligent du détroit d’Ormuz », a été annoncé par radio aux marins présents dans la région, avec des tirs de surface en conditions réelles. L’agence Tasnim, a fait état d’un test de missiles ayant atteint leurs cibles dans la zone.
Le Commandement central américain (CENTCOM), qui supervise la 5e flotte basée à Bahreïn, n’a pas immédiatement réagi à la fermeture. Il a toutefois rappelé récemment que l’Iran avait le droit d’opérer dans les eaux et l’espace aérien internationaux, tout en avertissant que tout comportement « dangereux ou non professionnel » augmentait les risques d’escalade.
Ces développements interviennent dans un climat de tension croissante. Donald Trump a d’abord menacé de frapper l’Iran après la répression sanglante des manifestations, avant d’utiliser la menace militaire comme levier pour obtenir un accord sur le programme nucléaire iranien. De nouvelles négociations indirectes se sont tenues à Genève.
Dans la région, le groupe aéronaval de l’USS Abraham Lincoln est déjà positionné en mer d’Arabie, capable de lancer des frappes. Le déploiement annoncé de l’USS Gerald R. Ford, le plus grand porte-avions au monde, renforce encore la présence militaire américaine.
Téhéran affirme de son côté pouvoir mener une frappe préventive et viser les intérêts américains et israéliens au Moyen-Orient. L’Iran dispose d’un arsenal de missiles à courte et moyenne portée capable d’atteindre les États arabes du Golfe.
Le guide suprême Ali Khamenei a adressé un avertissement direct à Washington, affirmant que « l’armée la plus puissante du monde peut parfois recevoir une gifle dont elle ne se relève pas », ajoutant qu’une arme capable de couler un navire de guerre était « plus dangereuse que le navire lui-même ».
ÉCRIT PAR : SAHBY MEHALLA
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