Le détroit d’Ormuz, artère vitale du pétrole mondial, est au cœur des tensions entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Hausse du pétrole, engrais menacés, chaînes logistiques sous pression… découvrez pourquoi cette crise pourrait bouleverser l’économie mondiale
Par Sahby Mehalla
La fermeture du détroit d’Ormuz, par où transite environ 25 % du pétrole maritime mondial, pourrait provoquer une forte hausse des prix de l’énergie et perturber l’économie mondiale. Photo : Pok Rie / Pexels.
La guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran pourrait rapidement provoquer des conséquences économiques majeures à l’échelle planétaire.
Au cœur des tensions se trouve le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique situé au sud de l’Iran, où le trafic maritime serait désormais quasiment paralysé. Cette situation risque de provoquer une onde de choc sur les marchés énergétiques et sur de nombreuses chaînes d’approvisionnement internationales.
Le détroit d’Ormuz constitue l’un des points névralgiques du commerce mondial. Près de 25 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde et 20 % des expéditions mondiales de gaz naturel liquéfié transitent par cette route maritime stratégique. Toute perturbation durable du trafic pourrait donc provoquer un effet domino sur l’ensemble de l’économie mondiale.
Au-delà du pétrole et du gaz, ce corridor maritime joue également un rôle central dans le commerce de nombreuses matières premières. D’après la société d’analyse commerciale Kpler, environ 33 % des engrais mondiaux, notamment le soufre et l’ammoniac, passent par ce détroit. Le passage est aussi crucial pour des produits comme l’aluminium ou le sucre.
Une fermeture prolongée pourrait donc faire grimper les prix de nombreux biens de consommation. Les chaînes logistiques mondiales pourraient être affectées, avec des répercussions sur le prix de produits aussi variés que les vêtements, les ustensiles de cuisine ou certains équipements médicaux.
La tension militaire autour du détroit s’est encore intensifiée cette semaine. Un commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) a affirmé que le détroit était désormais « fermé » et que tout navire tentant de le franchir pourrait être pris pour cible et incendié.
Dans le même temps, le président américain Donald Trump a déclaré sur Truth Social que Washington proposerait des garanties et assurances contre les risques politiques pour les pétroliers et autres navires opérant dans le Golfe. Il a également indiqué que la marine américaine pourrait escorter les tankers traversant le détroit si la situation l’exigeait.
Parallèlement, les États-Unis ont mené des frappes contre des navires militaires iraniens afin de réduire l’emprise de Téhéran sur cette voie maritime stratégique.
Les premières conséquences économiques commencent déjà à se faire sentir. La réduction de l’accès au pétrole a provoqué une hausse rapide des prix du brut et de l’essence.
Tom Kloza, analyste pétrolier chez Gulf Oil, a déclaré à Axios qu’il s’attend à voir le prix moyen de l’essence aux États-Unis atteindre entre 3,25 et 3,50 dollars le gallon dans les prochaines semaines.
La flambée touche également le carburant aérien, ce qui pourrait renchérir le coût des voyages et du transport aérien. Toutefois, l’impact sur les États-Unis reste partiellement atténué par le fait que le pays est aujourd’hui le premier producteur mondial de pétrole, et donc moins dépendant des importations qu’au moment de la crise pétrolière iranienne de 1979.
Les répercussions pourraient aussi se faire sentir dans l’agriculture. La perturbation des flux d’engrais menace directement la production agricole mondiale.
Veronica Nigh, économiste principale au Fertilizer Institute, a expliqué au magazine Wired qu’aux États-Unis la demande d’engrais concerne principalement les grandes cultures comme le maïs, le soja, le blé ou le coton.
Elle précise qu’environ 30 % de la production mondiale d’ammoniac est « impliquée ou menacée par ce conflit », tandis que la part atteint 50 % pour l’urée. Une prolongation de la guerre pourrait donc entraîner une hausse significative du coût des engrais pour les agriculteurs.
À titre d’exemple, l’Arabie saoudite fournit près de 40 % des importations américaines de phosphate, un composant essentiel pour la fabrication d’engrais. Toute perturbation des flux dans la région pourrait donc amplifier la pression sur les marchés agricoles.
Pour les analystes financiers, l’ampleur des enjeux est considérable. Hakan Kaya, gestionnaire de portefeuille senior chez la société d’investissement Neuberger Berman, estime que les compagnies pétrolières pourraient absorber un ralentissement de une à deux semaines du trafic maritime.
Mais il avertit que la fermeture totale du détroit pendant un mois ou plus pourrait provoquer une véritable onde de choc économique. Dans ce scénario, le prix du pétrole pourrait dépasser largement les 100 dollars le baril, tandis que les prix du gaz naturel en Europe pourraient revenir aux niveaux extrêmes observés lors de la crise énergétique de 2022.
Autrement dit, la bataille autour du détroit d’Ormuz ne se joue pas seulement sur le plan militaire. Elle pourrait devenir l’un des événements économiques les plus déterminants de l’année pour les marchés mondiaux.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
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