Une enquête choc accuse des tirs mortels justifiés abusivement. Témoignages, vidéos et polémique politique relancent le débat sur l’usage de la force en Palestine.
Le ministre Itamar Ben-Gvir est l’un des plus fervents défenseurs de la loi prévoyant l’exécution des prisonniers palestiniens. Photo par Amir Levy / Getty Images
MENA SCOPE — PALESTINE — Une chronique publiée dans le quotidien israélien Haaretz met en lumière une accusation grave et récurrente dans les territoires palestiniens occupés : des exécutions sur le terrain justifiées par l’argument sécuritaire selon lequel les victimes représenteraient une menace immédiate.
Dans cet article, l’avocate et militante des droits humains Amira Hass affirme que ces pratiques ne se limitent pas à des incidents isolés, mais s’inscrivent dans une logique plus large où des soldats israéliens ouvrent le feu sur des Palestiniens sous couvert de danger imminent. Selon elle, cette justification est devenue systématique, indépendamment des circonstances réelles.
La chronique revient notamment sur le cas de Jihad Jadallah, un adolescent palestinien de 14 ans tué en novembre dernier dans le camp de réfugiés de Far’a, en Cisjordanie. L’autrice évoque ses échanges avec la mère du jeune garçon, qui réclame toujours la restitution du corps de son fils pour pouvoir l’enterrer dignement. Malgré la médiatisation de l’affaire, aucune réponse concrète n’aurait été apportée par les autorités israéliennes.
Des images diffusées antérieurement par Haaretz montrent, selon la chronique, des soldats restant près de 45 minutes aux côtés du jeune blessé sans lui porter assistance. Un autre enregistrement relayé par BBC indiquerait que l’adolescent a été visé alors qu’il tentait de fuir, ce qui remettrait en question l’argument d’une menace directe.
Dans le même temps, l’adoption récente par la Knesset d’une loi sur la peine de mort pour les prisonniers palestiniens suscite une vive controverse. Amira Hass qualifie ce texte de profondément choquant sur les plans moral et constitutionnel, estimant qu’il consacre une dérive où les soldats se voient implicitement confier des rôles cumulés de procureur, juge et bourreau.
La journaliste dénonce également une normalisation de l’usage de la force létale, y compris contre des individus non armés, qu’il s’agisse de manifestants, de jeunes lançant des pierres ou simplement soupçonnés de tels actes. Dans cette logique, écrit-elle, la perception subjective du danger par les forces de sécurité suffit à justifier l’ouverture du feu.
Au-delà des cas individuels, l’article met en cause une tendance plus globale qu’elle décrit comme une « culture de la violence et de la vengeance », incompatible avec les principes fondamentaux d’égalité devant la loi. Une critique qui intervient dans un contexte de tensions persistantes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où les incidents impliquant civils et forces israéliennes continuent de se multiplier.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
Tags : Palestine • Israël • Cisjordanie • Droits humains • Itamar Ben-Gvir
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