À Islamabad, des négociations décisives tentent d’éviter une escalade majeure. Entre guerre, pétrole et rivalités géopolitiques, l’issue pourrait redessiner l’équilibre mondial.
Pakistan, Islamabad. Photo : Kafeel Ahmed / Pexels
FOCUS MONDE — PAKISTAN — Le Pakistan s’apprête à accueillir des pourparlers cruciaux entre l’Iran et les États-Unis, avec un objectif clair, transformer un fragile cessez-le-feu de deux semaines en accord durable, dans un contexte de tensions ayant fortement déstabilisé les marchés énergétiques mondiaux.
Le conflit remonte au 28 février, lorsque les États-Unis et Israël ont mené des frappes coordonnées meurtrières visant les infrastructures militaires et nucléaires iraniennes, tuant notamment le guide suprême Ali Khamenei. Selon des médias iraniens et l’organisation HRANA, plus de 3 000 personnes ont été tuées en cinq semaines.
En riposte, Téhéran a pratiquement fermé le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite près de 20 % du pétrole et du gaz mondiaux, provoquant une flambée des prix de l’énergie et des perturbations commerciales à l’échelle internationale.
Un cessez-le-feu de deux semaines, négocié par le Pakistan, est entré en vigueur le 8 avril et doit expirer le 22 avril.
Le Pakistan s’impose comme un médiateur clé grâce à son réseau diplomatique étendu. Premier pays à reconnaître son indépendance en 1947, l’Iran partage avec Islamabad une frontière de 900 km ainsi que des liens historiques, culturels et religieux profonds.
Le pays abrite également plus de 20 millions de musulmans chiites, soit la deuxième plus grande population au monde après l’Iran.
Islamabad entretient parallèlement des relations solides avec Washington, Riyad et Pékin. La Chine, selon des responsables pakistanais, aurait joué un rôle déterminant en convainquant Téhéran d’accepter un cessez-le-feu initial.
Les positions restent profondément divergentes. Washington propose un plan en 15 points axé sur le programme nucléaire iranien et la réouverture du détroit d’Ormuz.
De son côté, Téhéran exige notamment le contrôle du détroit, l’instauration de droits de passage pour les navires, la fin des opérations militaires régionales et la levée totale des sanctions.
Le Liban constitue un point de blocage majeur. Israël a poursuivi ses frappes contre le Hezbollah malgré la trêve, tandis que l’Iran conditionne sa participation aux discussions à un cessez-le-feu incluant ce pays. Le président iranien Massoud Pezeshkian a même jugé les négociations « dénuées de sens » dans ce contexte.
La délégation américaine sera dirigée par le vice-président JD Vance, accompagné de l’émissaire spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner. Il s’agit de l’engagement américain le plus élevé avec l’Iran depuis l’accord nucléaire de 2015 négocié sous l’administration Obama.
Téhéran n’a pas encore officiellement dévoilé la composition de son équipe.
Les discussions se déroulent dans la capitale pakistanaise sous haute sécurité. Bien que le lieu exact n’ait pas été confirmé, l’hôtel Serena, situé dans la zone diplomatique ultra-sécurisée, a été vidé de ses clients.
Les autorités ont décrété deux jours fériés et déployé un important dispositif militaire, avec barrages policiers, routes bloquées et présence massive de forces armées.
Les négociations devraient se tenir indirectement, chaque délégation étant installée dans une salle distincte, les représentants pakistanais assurant la transmission des propositions — un format déjà utilisé lors de précédents échanges à Oman.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
Tags : Iran • États-Unis • négociations diplomatiques • détroit d’Ormuz • Pakistan
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