En coulisses, Pékin a joué un rôle décisif pour arracher un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran. Une influence stratégique qui redessine l’équilibre diplomatique mondial.
La Chine est le principal partenaire commercial de l’Iran soumis à des sanctions occidentales (Shutterstock).
FOCUS MONDE — MOYEN-ORIENT — La médiation du Pakistan dans le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran a suscité des éloges internationaux, mais en coulisses, c’est bien la Chine qui a joué un rôle déterminant, selon des experts et des sources diplomatiques interrogés par l’Agence France-Presse. À quelques heures seulement de l’annonce de la trêve, le président Donald Trump continuait pourtant de menacer Téhéran, signe d’un processus encore fragile et incertain.
D’après un haut responsable pakistanais impliqué dans les discussions, les négociations semblaient dans l’impasse avant une intervention décisive de Pékin. « Les espoirs s’amenuisaient, mais la Chine est intervenue et a convaincu l’Iran d’accepter un cessez-le-feu initial », explique cette source, qui souligne que le rôle pakistanais, bien que central, n’avait pas permis à lui seul de débloquer la situation.
Ces éléments confirment les propos de Donald Trump lui-même, qui a reconnu que la Chine avait été un acteur clé pour amener Téhéran à la table des négociations. Islamabad, qui entretient des relations historiques avec l’Iran et des liens étroits avec Washington, se prépare désormais à accueillir des discussions directes entre les deux camps.
Selon des sources diplomatiques, le Pakistan a constitué une équipe d’experts pour encadrer les négociations, notamment sur les questions sensibles de la navigation maritime, du nucléaire et des enjeux régionaux. Toutefois, plusieurs observateurs estiment que Pékin restera un acteur incontournable, même si Islamabad en assure la logistique et la médiation formelle.
L’Iran, de son côté, exige un garant solide pour tout accord futur. Dans ce contexte, la Chine apparaît comme l’option la plus crédible, loin devant la Russie, dont le rôle serait difficilement acceptable pour les pays occidentaux en raison de la guerre en Ukraine. Pékin bénéficie en effet de relations étroites avec Téhéran et Islamabad, tout en étant le principal partenaire commercial de l’Iran malgré les sanctions occidentales.
Cette proximité stratégique se traduit par une coordination étroite entre la Chine et le Pakistan. Selon l’ancien sénateur pakistanais Mushahid Hussain Sayed, les deux pays ont travaillé main dans la main dès le début pour mettre fin aux hostilités. Il estime que la Chine sera essentielle pour garantir un éventuel accord de paix, notamment en raison du manque de confiance de l’Iran envers Benjamin Netanyahu et Donald Trump.
Parallèlement, Pékin a multiplié les initiatives diplomatiques, notamment via une série d’appels téléphoniques menés par le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi, ainsi que par des déplacements répétés de son envoyé spécial au Moyen-Orient. La Chine a également soutenu la médiation pakistanaise tout en poursuivant d’autres efforts régionaux, notamment entre le Pakistan et l’Afghanistan.
Sur le plan international, Pékin a adopté une posture plus discrète mais stratégique. Avec Moscou, elle a opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU visant à rouvrir le détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran depuis le début du conflit, une décision perçue comme favorable à Téhéran.
Malgré cette implication, la Chine évite pour l’instant de s’exposer publiquement comme chef de file du processus de paix. « Ils ne veulent pas être entraînés ouvertement dans le conflit », confie une source diplomatique, évoquant une stratégie d’influence mesurée mais efficace.
Les discussions à venir s’annoncent particulièrement complexes, notamment en raison de dossiers sensibles comme le Liban, que Téhéran et Islamabad souhaitent intégrer dans le cadre du cessez-le-feu. Dans ce contexte, les États-Unis ont déjà annoncé des pourparlers séparés à Washington entre responsables israéliens et libanais.
En toile de fond, tous les acteurs s’accordent sur un point. Les négociations seront longues, délicates et nécessiteront des concessions majeures de part et d’autre, dans un équilibre diplomatique où la Chine pourrait bien s’imposer comme l’arbitre silencieux mais décisif.
ÉCRIT PAR SAHBY MEHALLA
Tags : Chine • Iran • États-Unis • Géopolitique • Diplomatie internationale
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